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REGISTRES D
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[i56a]
pour les raffreichir, attandant que l'on eust pourveu à d'autres affaires, qui estoit d'envoyer du secours au cappitaine S'Aulbin'3', ayant la charge pour le Roy en la ville de Bogency(4'.
Ce jour, monsr de Guise vint disner avec mons' le Connestable, et fut conclud par le Roy de Navarre et Mess" du Conseil que l'on envoyroit vingt soldars de la compaignée de monseigneur le Connestable, dont fut despesche ung gentilhomme de la compaignée dud. sr, appellé le srde Monbron, lequel s'acquitta fort bien de sa charge, car il mena ses gens en seureté, et estant arrivé dedans la ville, il ne luy fut possible de sortir pour revenir retrouver le Roy de Navarre.
L'armée du Roif devant Blois.
Monsieur de Guise et monsieur le Connestable, ayans entendu pour certain que les ennemys alloient droict à Bogency, concluerent entre eulx que l'armée partiroict le landemain pour s'en aller loger devant la ville de Bloys, là où ilz arrivèrent ung samedy matin'5', au moys de Juillet, environ lexvcdud. mois, et y estoient messieurs les mareschaulx du camp, qui estoient pour lors monsr de Sansac'6' et monsr de La Brosse '7', et esperans que la ville ne tiendroict poinct, aprocherent jusques aux faulxbourgs de lad. ville pour regarder l'assiette du camp, et furent ad-vertiz que ceulx qui estoient dedans lad. ville n'avaient deliberé de leur rendre sans le canon '8', ce qui fut incontynant mandé à monsr le Connestable, lequel faisoict marcher noz gens de pied tous par ordre. Et avant entendu ces nouvelles de mes-
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lage qui s'appelle Crevan'1' où il demeura ung jour ct.une nuyt; et fut prins quelque espie des leur, qui dit que le prince de Condé avoit deliberé de donner la bataille, mais noz advertisseurs estoient si bons que on avoit donné bon ordre aux affaires, et s'il y fut venu, il eust esté le bien receu, voyant le bon ordre que tenoit nostre gendarmerye et noz bataillons de gens de pied, auquel lieu nostre armée demeura loutela nuyt et jusques au landemain, sept heures du malin, en bataille, attendans nouvelle nouvelle de nostre ennemy pour savoir qu'il délibèrait de faire.
Escarmouche. Monseigneur le Connestable, voyant que l'ennemy ne s'aprochoit de nous, alla trouver monsr d'Anville qui estoit logé une bonne lieue devant nous, et estoit en campaigne avec sa cavallerye légère et quelques hàrquebuziers à cheval pour recongnoistre quel chemyn les buguenotz vouldroient tenir; et fut rapporté par quelques ungs des siens qu'ilz tenoient le chemyn de Bogency, et sur cela monsr d'Anville les envoya recongnoistre de si près qu'il y eust une escar-mousche '2', où il y eust quelques ungs de leurs sol-dars prins, et ung gentilhomme de monsr d'Anville qui fut blessé d'ung coup de harquebuze à la cheville du pied, el s'appelle le seigneur de La Brieulle, qui fut mené en la maison de monsr de Lorges où il receut ung fort bon traictement. Et après avoir entendu que noz ennemys se retiroient vers Bogency, mons1, le Connestable se retira vers nostre armée, et feist incontinant retirer nostre gendarmerye, chascun en son logis, et noz gens de pied en leurs quartiers
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'■> Cravant, Loiret, arrondissement d'Orléans, canton de Beaugency.
(*) Le Journal de l'année 1662, p. 116, à la date du 16 juin, parle des bruits qui circulaient au sujet de l'escarmouche en question : "L'on tint, tout ce jour et le lendemain xvi, que il y avoit eu une escarmouche où avoit été tué M. le maréchal de Saint-André, et M. d'Anville, fils deM. le Connétable, pris prisonnier!..
(3) Nous trouvons à cette époque un vaillant capitaine gascon, Jean Ysoré, s' de Saint-Aulbin, chevalier dè Malte, célèbre par ses exploits contre les Turcs. (L. Lalanne, Œuvres de Brantôme, t. V, p. 233, 236, 237.)
'4) Beaugency fut pris le 3 ou 4 juillet par les gens du prince de Condé. Le roi de Navarre y avait laissé une compagnie de vieilles bandes avec ordre de se retirer à l'approche de l'ennemi ; ces vieux soldats n'en eurent pas le loisir et se firent pour la plupart tuer sur la brèche; ceux qui parvinrent à s'échapper rejoignirent le camp du roi de Navarre (Journal de l'année i56a, p. 173-174).
'5) Le samedi en question correspond au 11 juillet; dans une dépêche de ce jour, Catherine de Médicis annonce la reddition de Blois. (Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 354.)
(6) Jean Prevôt, baron de Sansac, que Brantôme (OEuvres, t. V, p. 47) appelle "le plus bravant et rude à la guerre et à la chasse qu'on vist jamais n.
O Jacques de La Brosse, "chevallier d'honneur et sans reproche)., était intimement lié avec le duc de Guise, qui ..voulait l'élever au rang de maréchal de France, il fut tué à la bataille de Dreux, à l'âge de quatre-vingts ans. Voir la notice qui lui est consacrée par Brantôme (t. V, p. 47).
(-) Le Journal de l'année i56a (p. 174) dit bien que les habitants de Blois "endurèrent le canon et ne se voulurent jamais rendren; mais onvoit par les Mémoires de Michel de Castelnau (t. I, p. 98) que Ieur résistance fut de courte durée, en deux volées de canon une brèche fut pratiquée au portail; au bout d'une heure, les assiégés demandèrent à parlementer, Robertet et Castelnau négocièrent Ja reddition. La plupart des défenseurs de la place prirent la fuite, nies uns par la riviere, les autres parles bois de l'en-
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